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jeudi 27 décembre 2012

UNE HISTOIRE DE L'HISTOIRE DE L'ART


La revue n’est autre qu’un outil d’information, de promotion. Mais cette opinion dominante est une illusion. La revue a une prégnance qui va bien au-delà de la communication.

Yves Chevrefils Desbiolles et Rossela Froissart Pezone sont les auteurs de l’ouvrage Les revues d’art, Formes, stratégies et réseaux au XXème siècle, qui propose un panorama des revues marquantes, appliquées au domaine artistique. Elaboré à la suite d’un colloque, ce regroupement de textes offre une analyse par cas, non chronologique mais sociologique. Ce livre propose une lecture pertinente de l’histoire de la revue, et permet d'aboutit une histoire de l’histoire de l’art, comme le définit Rossela Froissart Pezone. 




En avril 2008 se tient à Aix-en-Provence un colloque intitulé Les revues d’art, Formes, stratégies et réseaux au XXème siècle. Cette manifestation, qui se déroule sur trois jours, aborde trois grands thèmes: les revues comme laboratoire de création, les revues au frontière et les revues comme lieux de sociabilités militantes.

Sous la direction de Yves Chevrefils Desbiolles, docteur en histoire de l’art et responsable des fonds artistiques à l’IMEC, de Rossela Froissart Pezone, maître de conférence à l’université de Provence, de Romain Mathieu, doctorant en histoire de l’art contemporain, et de Pierre Wat, professeur d’histoire de l’art contemporain à l’université de Sorbonne Paris I, l’ambition était alors d’étudier les formes, les stratégies et les réseaux établis par les revues d’art au XXème siècle. Fort du succès de cette entreprise, un livre apparu regroupant les axes explorés. Cependant, le passage du colloque au livre contient plusieurs enjeux plastiques et structurels complexes. Et malgré le caractère laborieux de l'exercice, l'ouvrage offre une véritable cohérence entre les différentes étapes et les divers cas étudiés.

En effet, une approche structurée et sociologique est adoptée pour appréhender au mieux cette "histoire de l'histoire de l'art". La volonté ici est d’ouvrir un champ d’explorations des revues d’art, afin de comprendre comment elles, et l’art, ont évolué

L’intervention diversifiés de professionnels et spécialistes rend compte de l'aspect scientifique de la démarche. Cependant, avec vingt-deux auteurs, le lecteur est confronté à vingt-deux styles différents. L’écriture varie entre de longues phrases complexes et d'autres concises. Cela impute un manque de fluidité au contenu.

Toutefois, le livre est organisé de façon à gommer cette lacune. Il est découpé en trois parties: les hommes, les groupes, les programmes. Ce découpage a une visé sociologique afin d’exposer le plus clairement possible le cheminement d’une revue. L’objet né de la volonté d’un homme, qui s’entoure et sélectionne des axes. Cette orientation offre au lecteur un point de vue logique afin d’appréhender facilement l’histoire des revues au XXème siècle. Chaque intervenant relate la naissance et l'aboutissement d'une revue en particulier, en étudiant toutes les composantes et le contexte de création. En fonctionnant de la sorte, une histoire de l’histoire de l’art finit peu à peu à se mettre en place.


Grâce à différents cas explicitement exposés, le livre démontre comment les revues d’art du XXème siècle ont contribué à écrire l’histoire de l’art. A la fois champs d’expérimentations, lieu de manifestes, ou espaces de tendances, la revue est partie intégrante de l’art
Pour autant, la spécificité du sujet requière un véritable engouement pour arriver aux termes de cette lecture. De même, il est regrettable que les cas étudiés les plus récents ne soient que des années 1970. Certes l’histoire des revues est un vaste champ d’explorations à mener, mais il aurait été intéressant de confronter des cas du XXème et du XXIème siècle

Chevrefils Desbiolles, Yves, Froissart Pezone, Rossella,
Les revues d’art, Formes, stratégies et réseaux au XXème siècle,

Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2011
par C²

jeudi 7 juin 2012

INTERNET, UN NOUVEL ESPACE POUR LA PRESSE


Interview de Florence Meyssonnier, coordinatrice et rédactrice en chef de ZéroQuatre, revue d’art contemporain en Rhône-Alpes, réalisé le 18.05.2012 par Charline Corubolo.


1. Incontournable dans notre société, Internet est devenu un moyen de diffusion important, et permet de réagir instantanément sur les évènements. La revue ZéroQuatre a vu le jour en 2007. Dans quel but avez-vous créé le site internet ?

Au moment où je suis devenue responsable de ZéroQuatre (fin 2009), sa présence et sa diffusion sur le web étaient pour moi une évidence. J'ai lancé la création d’une page web en 2010, afin de développer l'accessibilité et la diffusion de la revue (téléchargeable et consultable en ligne). Le stock d'exemplaires distribués gratuitement dans près de 300 points de distribution sur tout le territoire, s'épuisant très vite, il fallait répondre à une demande. En complément de la version imprimée, la consultation et l'archivage des publications sont apparus indispensables. Cette page web a également permis de renforcer la visibilité de la revue.


2. Depuis la création du site internet, avez-vous enregistré des pics de fréquentations, et à quelles occasions ?

Des pics sont notables lors de l'envoi des newsletters sur les sorties de la revue ou événements auxquels nous participons.


3. Pour assurer la vie d’un site sur Internet, il est important de connaître son public et les sujets « phares ». Comment faites-vous pour cibler ces informations ?

La revue étant spécialisée en art contemporain et gratuite (donc largement disponible), elle concerne principalement un large public qui s'intéresse à ce domaine et fréquente les lieux où la revue est distribuée, allant des étudiants aux chercheurs, des professionnels aux amateurs, en passant par les artistes, collectionneurs, etc.
Le contexte « territorial » dans lequel est né ZéroQuatre fait aussi de cet objet un maillon de la scène art contemporain en Rhône-Alpes. La revue et le site permettent de rendre accessible l'actualité en région à un public rhônalpin et à l'extérieur, de comprendre les réalités qui constituent une scène sur un territoire, et plus largement d'ouvrir des questionnements qui animent l'art contemporain ici et ailleurs.


4. Internet est un environnement en perpétuel mouvement. Prenez-vous en compte les mutations du web pour faire évoluer votre site ? C’est-à-dire au niveau du graphisme, de la fonctionnalité des menus, ou même des référencements ?

La page web de ZéroQuatre a été créée dans un premier temps pour répondre à une demande et à une nécessaire visibilité, dans l'optique de créer ensuite un site plus complet, lorsque les moyens le permettraient. Nous sommes actuellement engagés dans ces réflexions.


5. Aujourd’hui, Internet a créé une rupture démocratique et tout le monde peut se lancer sur la « toile ». Comment faites-vous pour faire valoir votre professionnalisme face aux amateurs journalistes virtuels ?

Nous sommes effectivement en train de réfléchir à notre présence et celle que nous souhaitons donner à la scène de l'art contemporain en Rhône-Alpes, par le développement de notre projet éditorial sur le net. Et nous restons exigeants quant au professionnalisme avec lequel nous devons mener notre réflexion et nos actions.


6. Quelles différences fondamentales y a t-il entre la version papier et la version numérique de la revue ?

L'une étant gratuite et largement diffusée et l'autre étant pour l'instant un pdf consultable et téléchargeable, les deux sont accessibles assez facilement.
La version papier reste plus favorable pour apprécier l'objet, sa forme et son graphisme qui sont des points essentiels pour nous. Chacun entretient aussi un rapport différent à la documentation, à l'archivage... Si Internet permet une accessibilité immédiate aux données et à leur archivage, la documentation papier reste importante pour beaucoup. Une revue n'est pas qu'une circulation d'informations, mais elle est aussi une mise en perspective éditoriale. ZéroQuatre propose des regards sur la scène artistique à travers des essais, des portraits d'artistes, des dossiers... Ces textes d'auteurs demandent un temps d'appréciation différent de celui de la consultation de brèves ayant essentiellement pour but d'informer.


7. Le site internet vous permet-il d’avoir une meilleure visibilité ?

Oui.


par C²

lundi 13 février 2012

XXI SIECLE, ART CONTEMPORAIN & RELIGION

Dans son premier essai, Catherine Grenier conservateur des collections contemporaines au Musée national d’art moderne de Paris, explore la place qu’occupe la religion chrétienne chez les artistes de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle. Avec un titre pleins de promesses, L’art contemporain est-il chrétien?, elle explore «la question de l’art et de son lien à la spiritualité et au divin».






L’auteur avance que l’art contemporain puise dans l’histoire chrétienne, sans pour autant en n’affirme sa filiation. Les limites de la religion n’apparaissent plus nettement et en ce début de siècle la défaite des utopies s’impose. Les artistes explorent donc le terrain religieux afin d’y retrouver un modèle opérationnel. Les scandales qui gravitent autour de certaines œuvres et qui apparaissent alors comme blasphématoires sont en réalité des questionnements existentiels. Jérôme Cottin, dans son ouvrage La mystique de l'art, art et christianisme de 1900 à nos jours, dit à ce sujet: «Dans leur très grande majorité, les artistes qui utilisent délibérément une iconographie ou des thèmes chrétiens, souvent même quand leur interprétation est parodique, sont mus dans leur démarche artistique par un questionnement fondamental, voire métaphysique. C’est le cas avoué et pourtant insuffisamment reconnu part tous ceux qui ne vont pas voir au-delà du scandale, de Mark Wallinger, de Maurizio Cattelan, de Mark Quinn, de Peter Land ou de Damien Hirst.». 

L’art du XXIe siècle place l’homme au cœur de son projet, comme l’a fait la religion il y a déjà des siècles. Mais il réinterprète les thématiques, ce qui l’inscrit dans cette mouvance à mi chemin entre le sacré et le profane.


Avec ce premier essai, Catherine Grenier nous apporte un regard éclairé sur la notion de religiosité chrétienne de l’art contemporain. Le sujet est traité en profondeur. Le style de l’auteur est scientifique et le fond riche. L’ouvrage, qui balaye tous les arts: cinéma, photographie, installation, peinture, performance; donne la réponse à son titre. Il confère au lecteur les clés d’une nouvelle interprétation de la scène artistique internationale. Cependant, le recours à un vocabulaire écclésiastique rend la lecture sinueuse. De même, le sujet principal étant l’art contemporain, cette étude s’adresse à un public avisé en la matière. Et malgré des connaissances en histoire de l’art, la lecture est compliquée car étouffée par une mise en page non aérée. Les entrées de lecture sont difficiles. Toutefois, cet essai est édifiant concernant le sujet de l'art contemporain et son caractère religieux, malgré son manque d’efficacité dans l’édition.


par C²