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mardi 13 novembre 2012

QUAND LE GENTIL GARCON RENAIT DE SES VERRES


Le Gentil Garçon est l’enfant terrible de la scène artistique française. Né en 1974 à Lyon, l’artiste déclare dans Le futur est derrière nous car on ne le voit pas venir être né en 1998. Nom, visage, informations personnelles sont tant d’éléments que Le Gentil Garçon s’efforce de cacher au grand public. Ne souhaitant point se soumettre au dictât du marché de l’art, cet artiste polymorphe explore tous les médiums qui s’offre à lui: dessin, sculpture, installation, performance. L’œuvre Phoenix est une illustration des créations multiformes de l’artiste. Cette installation de pianos fût réalisée en deux temps

Le Gentil Garçon, performance filmée, 21 mai 2002, Attitude, Genève

Le 21 mai 2002, dans les locaux d’Attitude à Genève à 19h30, Le Gentil Garçon donne un micro concert pendant le vernissage de l’exposition. à cette occasion, l’artiste crée un piano à usage unique dont le fonctionnement est simple: grâce à un système de transmission mécanique irréversible, chaque touche du clavier est relié à un verre à pied. Lorsque l’artiste enfonce une touche, le verre correspondant à cette touche est brisé. Vêtu d’un costume queue de pie, le visage protégé par un casque de soudeur, Le Gentil Garçon fait son entrée dans la pièce. Le concert, durant moins de cinq minutes, est explosif. Lors de la prestation, 84 verres sur 88 sont brisés. A la fin du concert, l’artiste se lève et brise deux verres de ses mains. A l’issu de cette performance filmée, Le Gentil Garçon ne sait que faire des résidus de verre, mais les conserve en espérant leur trouver une seconde vie plus tard. Cette première partie de l’œuvre, dont la dimension «trafiquée» de l’instrument peut faire référence aux pianos préparés de John Cage, serait une sorte d’exutoire pour l’artiste. N’ayant jamais été bon en musique, cette performance artistique est une manière de se venger. Pour l’écrivain Yves Tenret: «Le Gentil Garçon a le sens du détail et surtout de celui qui est ridicule». L’artiste joue bien plus de l’ironie que de son inaptitude à faire de la musique.


Le Gentil Garçon, performance filmée, 21 mai 2002, Attitude, Genève

Un an après, il prépare une exposition pour le Kunst Museum à Bonn. Demeurant en Allemagne le temps du montage, il découvre un atelier de fonderie qui réalise des trompettes en verre. C’est alors que le souvenir des verres brisés, du concert donné un an auparavant, resurgit. L’artiste décide d’utiliser les débris afin de couler un cor. Soutenue par Françoise Guichon, alors directrice du Centre International de Recherche sur le Verre à Marseille, Le Gentil Garçon fait fondre le verre afin de lui donner une nouvelle forme: des flammes naît un cor au son puissant. Il intègre l’instrument de verre à l’installation Phoenix, composée de deux pianos. Le premier piano, issu de la performance de 2002, est réexposé tel qu’il était à la fin du concert, avec plus que deux verres intacts. Le deuxième piano est une réplique réalisée en 2003, recouverte de velours noir sur lequel est posé le cor en verre. Des vidéos, mêlant les images de destruction du vernissage intitulée The First Last Song à celles prises lors de la création du cor en verre, sont greffées à l’ensemble.

Le Gentil Garçon, Phoenix, 2002-2003, installation mixte

Là encore, Yves Tenret explique avec clairvoyance la démarche de l’artiste: «Le Gentil Garçon a choisi d'être quelque chose, des bricoles ingénieuses, jouets pervers et polymorphes». Cette installation est toute à la fois: astucieuse, multiforme et sarcastique. L’ironie distillée dans cette œuvre rappelle l’esprit Fluxus, dont l’ambition était d’abolir les frontières entre les arts sur un ton provocateur. L’ingéniosité du premier piano renvoie à l’univers stéréotypé de Mac Gyver. Par ailleurs, le choix de l’artiste pour le piano n’est pas anodin: la dimension sculpturale, ainsi que la place confirmée de l’objet dans l’histoire de l’art, ont très certainement orienté le choix de l’artiste. En 2003, le piano a perdu de son importance dans la société. En prenant cet instrument pour son œuvre, l’artiste joue sur une imagerie classique implantée dans une production artistique contemporaine. De plus, le verre n’a pas été employé uniquement pour sa capacité à se briser. Ce matériau a la caractéristique particulière de pouvoir être réutilisé, refondu indéfiniment sans jamais perdre de sa qualité. Ainsi, Le Gentil Garçon peut inlassablement briser les instruments pour manifester sa frustration face à la musique. Mais ironie du sort, l’instrument ne cessera de revivre.

Le Gentil Garçon, Phoenix, 2002-2003, installation mixte

A travers cette œuvre, l’artiste met en lumière un univers rempli d’ironie et teinté de poésie. La dimension ludique de la pièce va de paire avec l’esprit bricoleur du Gentil Garçon. Tel un enfant qui voudrait prendre une revanche sur ce qu’il n’arrive pas à faire, l’artiste se met en scène avec dérision et cherche à interroger le monde de l’enfant, avec une technicité physicienne.



par C²

mardi 10 janvier 2012

DANS LES FILETS DE ERIC HATTAN

Un canapé perché au plafond, rien de plus normal! Bousculer l'ordre des choses dans le but de trouver un nouveau sens à ces choses fait parti du travail de Eric Hattan. Originaire de suisse, cet artiste aime manipuler les éléments qui l'entourent. Inscrite dans une volonté de déplacement plastique et sémantique, sa démarche artistique est souvent une réponse à une invitation. 

Crédit photo © La BF15

Crédit photo © La BF15


Suite à celle de la BF15, l’artiste en résidence dans le lieu durant quelques jours a dépouillé les différents espaces. Les parties privées, tels que l’étage ou le cagibis, ont subi le passage de l’artiste. Vidées de leurs éléments, ces pièces semblent animées d’une histoire forte. Chaises, tasses, archives sont réinvestis dans la galerie. Véritable travail de transformation verticale, l’artiste balade notre regard dans tous les sens. La composition devient témoin de la vie de la galerie. Habituellement cachés de la vision du visiteur, ces objets deviennent matériau d’intervention et trouvent un nouveau sens. Sorte d’archéologie contemporaine, l’artiste nous plonge au cœur d’une interrogation cruciale: à quoi servent ces objets ainsi disposés et quel est le sens un tel acte? En observant l'espace vidé, on croirait apercevoir la place habituelle des différentes outils du quotidien. Cependant, ces objets arrachés à leur emplacement d'origine ne semblent pas manquer à une quelconque utilisation. Nous nous mettons à scruter coins et recoins de la composition folle qui bouche chaque trouée. Les éléments semblent défier l’apesanteur. L’artiste  nous amène à voir ces constituants comme de nouvelles formes, et nous conduit à une réflexion sur la société de consommation. Cet amas impressionnant, voir oppressant, pèse sur l’individu égaré dans le vide de l’espace

Crédit photo © La BF15
Crédit photo © La BF15


Notre œil est décentré, perturbé et nous nous éveillons progressivement aux choses qui constituent notre quotidien. De ce geste simple, mais fort, il ne reste plus que des vidéos à l’issue des expositions. Au cœur de la galerie, trois vidéos mettent en avant la conception artistique de Eric Hattan: l’art comme simple acte de présence.

Crédit photo © La BF15

Crédit photo © La BF15
L'artiste opère un renversement de l’espace privé dans l’espace public pour aboutir à une nouvelle vision de l’environnement. Il n’utilise pas d’éléments extérieurs, seuls les objets de la galerie sont réinvestis. Cette exposition permet de jouer sur la dualité entre vie privée et vie publique, entre consommation exagérée et dessein esthétique des objets.


Eric Hattan, Les poissons, selon l'arrivage du jour
Du 25 novembre 2011 au 21 janvier 2012


La BF15, Espace d'art contemporain
11 quai de la Pêcherie
69001 Lyon
+33(0) 478 286 663

par C²

jeudi 3 novembre 2011

L'EXTENSION PARANORMALE D'IN EXTENSO

L’art peut-il nous tromper? C’est l’expérience que propose l’exposition "Phénomènes". La galerie Néon accueille le groupe In extenso dans son espace. Les cinq artistes convoqués par le groupe sont invités à transporter la réalité du lieu dans l’illusion.  Véritable piège à perception, les œuvres ne peuvent être extraites de tout contexte. Elles s’imbriquent à des situations, des lieux ou encore des cultures propres à chaque artiste. Avec différents médias: installation, vidéo, bande sonore, photographie ou encore transformation murale; les artistes convoquent le surnaturel. Les effets de glissements et d’interférences entre/ou dans les œuvres créent une certaine magie. Mais cette dernière est vite désamorcée par le côté ludique des mises en scène. 


Ulla von Brandenburg, née en 1974, Ein Zaubertrickfilm, vidéo, 2002
(image extraite du film) © Ulla von Brandenburg, 2002
Chrisitan Andersson, né en 1973, Soft Drink Stand, installation, 2011
vue d'exposition Galerie Nordenhake, Berlin 2006
© Galerie Nordenhake/Gerhard Kassner, Berl
in


Ce simulacre de l’occulte conduit à une forme de déception face au paranormal. Le billet aller-retour qu’il nous est proposé, est bien dans le sens Illusion-Réalité. Le mode de pensée des artistes est facilement démontable. Mais ce désenchantement, de la perceptive dévoilée ou de l’anomalie débusquée, fait parti du processus. En proposant une représentation alternative de la réalité, les artistes poussent chacun de nous à prospecter sur nos propres croyances.

Pierre Labat, né en 1976, Dum Dum, installation, 2008
vue d'exposition MySpace - Galerie de l'Ecole Régionale des Beaux Arts - Rennes
© Galerie Acdc et l'artiste, 2008
Geert Goiris, né en 1971, Suspension, photographie couleur, 2006
© Geert Goiris, 2006


L’aspect illusoire de l’exposition demeure séduisant. Les détournements visuels et sonores bousculent notre schème de pensée. La normalité n’est plus une norme, le paranormal devient un phénomène réel. Depuis Picasso, l’art ne vit que dans l’illusion du vrai. Ainsi Néon nous sert un «art surnaturaliste» où l’illusion mêle jeu, spiritisme et détournement.


Pierre-Laurent Cassière, né en 1980, Pulse, installation et dispositif sonore, 2010
(détail), vue d'exposition In extenso, Clermont-Ferrand, 2010
© In extenso


Artiste > Christian Andersson / Ulla von Brandenburg 
Pierre-Laurent Cassière / Geert Goiris / Pierre Labat
Commissaire > In extenso >> Marc Geneix & Sébastien Maloberti


Vernissage jeudi 3 novembre à partir de 18h.
Dossier de presse.


Exposition "Phénomènes"
Du 4 novembre au 17 décembre
Nuit résonance le 24 novembre, de 18h à 23h
41 rue Burdeau, 69001 Lyon
par C²

dimanche 16 octobre 2011

TOUT EST UNE QUESTION D'ECHELLE AVEC CLEMENCE TORRES

Clémence Torres (née en 1986), active à Paris, habite à Paris, communes mesures, 2011, œuvre in situ du 16 septembre du 12 novembre 2011, réalisation à la BF15, soudures et moulages. Installation 90 x 55 x 915 cm, 8 tables 90 x 55 x 110 cm, 7 cylindres diamètre 3 cm, respectivement de gauche à droite argile 15 cm, plâtre 45 cm, bois 75 cm, cire 125 cm, verre 210 cm, béton 360 cm, acier dépoli 800 cm.


© crédit photo La BF15

Communes mesures, de la jeune artiste Clémence Torres, est une installation présentant huit tables bombées en gris, sur lesquelles sont exposés des cylindres de différentes natures. Ces huit tables alignées dans leur longueur, cisaillent l’espace de la galerie BF15. Sur la première table, sept cylindres sont disposés de gauche à droite. La lecture linéaire des tubes suit un mouvement crescendo: d’un tube à l’autre la résistance du matériau et la taille du cylindre augmentent. Le premier de 15 cm et fait d’argile s’oppose radicalement avec le dernier cylindre. Découpé sur les huit tables, chaque fragment de 100 cm aligné dans le même axe est fait d’acier dépoli. Cette pièce s’inspire d’une analyse issue du livre La Dimension cachée (1984) de l’anthropologue Edward Twitchell Hall. Plus deux êtres sont proches, plus la distance est petite. Le matériau alors utilisé sert de représentation matérielle à ces relations. L’argile, fragile et friable correspond à l’intimité. L’acier dépoli, alliage résistant, représentent la distance publique


C’est la première fois que l’artiste présente cette pièce de manière si aboutie. Avec cette installation, Clémence Torres met en lumière l’importance de l’espace et la façon dont se manifestent les signes corporels entre deux personnes suivant leur relation. La nature des matériaux devient primordiale. Ils expriment la façon dont Clémence Torres perçoit ces différentes distances entre deux êtres. La construction minimaliste de l’œuvre retire tout discours superflu pour ne garder que l’essentiel. C’est-à-dire la volonté d’explorer l’espace et de comprendre comment l’environnement s’articule entre les individus. L’artiste nous offre un travail sensible où chacun peut expérimenter son propre rapport à l’espace. L’esthétisme sobre de la mise en scène capte le regard. Tandis que l’idée même du concept renvoie à notre propre expérience avec l’autre.


© crédit photo La BF15

© crédit photo La BF15



Cette pièce fait partie de l'exposition en cours, entre parallèles, à La BF15. Présentant dans le cadre de la Biennale de Lyon, c'est la première exposition personnelle de Clémence Torres dans le milieu des galeries.



Clémence Torres, entre parallèles
Du 16 septembre au 12 novembre 2011
La BF15, Espace d'art contemporain
11 quai de la Pêcherie
69001 Lyon
+33(0) 478 286 663

par C²

dimanche 25 septembre 2011

I wish you hadn't asked

"Les passions sont aux sentiments ce que la pluie est à la rosée, ce que l'eau est à la vapeur" dit Joseph Joubert. 200 litres d’eau tombant en tromble chaque minute sur un parquet, témoin des passions du passé. Comme une histoire arrêttée trop brusquement, comme un cri lancinant qui n’aurait pas de fin, James Dive a cherché à reproduire l’émotion s’émanant d’une chose dite ou faite au sein d’une relation amoureuse qui serait  irréversible. L’oeuvre en elle même est une maison dans laquelle une pluie artificielle s’abat pendant 30 jours dans chacune des pieces, n’épargnant ni tapisseries, ni mobilier ou autres objets présents au sein de la demeure.

L’oeuvre, baptisée "I wish you hadn’t asked" (ndri: J’aurais souhaite que tu ne me questionnes pas) fut présentée au festival "Sculpture by the Sea festival", à Aarhus, au Danemark, en juillet 2011. L'installation aura raflé pas moins de trois trophées lors du festival, y compris le trophée le plus important du festival. 

"Ce moment spécial dans une relation, lorsque quelque chose est dit ou fait, et qu’il est trop tard pour revenir en arrière. C’est à ce moment précis que les choses tournent mal." sont les mots de l’artiste pour décrire l’essence même de son oeuvre. 

Voici le resultat d'un chaos engendré par la pluie, trente jours après l'inauguration de l'oeuvre, tel une lamentation dont le cours aurait été surpris et photographie.








Site lié au projet: http://www.gluesociety.com/
Sculpture by the sea festival: http://www.sculpturebythesea.dk/en.aspx

Le Reporter de l'Improbable